Beaucoup de gens
pourraient évoquer d’autres points de vue, fournir des détails sur d’autres
aspects des débuts de l’ICTS (p. ex. la création des sections, l’histoire de
CallBoard - le babillard électronique, etc.) et corriger mes éventuelles erreurs.
Le cas échéant, manifestez-vous auprès du bureau de l’ICTS (info@citt.org) afin de nous permettre
d’améliorer l’ébauche d’historique qui suit.
L’Institut canadien des technologies scénographiques fut
créé en 1990 sous la forme d’une adhésion canadienne à l’United States
Institute for Theatre Technology (USITT). Cette organisation, fondée en 1960 à
New York, avait établi une présence nationale et de nombreuses sections locales
partout aux États-Unis et au Canada. Après quelques premières activités – la
conférence nationale de l’USITT eut lieu à Toronto en 1966 – les sections
canadiennes devinrent inactives, laissant leurs membres dispersés un peu
partout au pays.
En 1980, quelques membres constituèrent la section
albertaine de l’USITT et tinrent en mai de cette année-là leur première
conférence annuelle au Citadel Theatre. La section entreprit de gonfler ses
effectifs dans les années qui suivirent, en organisant divers ateliers et
réunions. Elle fut même l’hôte de la conférence annuelle de l’USITT à Calgary,
en 1989.
En 1985, la section de l’Alberta, avec l’aide de
l’Université de Calgary, créa un système de courrier électronique et de
téléconférence destiné aux producteurs de théâtre, qui fut rapidement mis à la
disposition des membres de l’USITT et des professionnels du théâtre du monde
entier. C’était presque une décennie avant que le Web et les fournisseurs
d’accès à Internet (FAI) ne généralisent l’utilisation d’Internet à l’extérieur
des universités, des administrations gouvernementales et des grandes sociétés.
Le babillard électronique CallBoard
allait devenir le principal réseau de communications électroniques de l’USITT,
faisant de la section de l’Alberta l’une des forces majeures de l’USITT. CallBoard jouera également un rôle
essentiel dans la création de l’ICTS.
À la fin des années 1980, la communauté virtuelle de CallBoard – essentiellement constituée à
l’époque de directeurs techniques et de directeurs de production – reliait les
théâtres et les écoles de théâtre de partout au pays. Nous nous connections à
des lignes Datapac à l’aide de modems de 300, 1200 ou 2400 bauds et saisissions
diverses commandes de type Unix, en fixant des moniteurs monochromes de douze
pouces ou des écrans Mac Classic de neuf pouces. Nous répondions aux questions
techniques de nos collègues, trouvions des sources de matériel secret et
entourions de soins cette première communauté en ligne.
En 1988, un groupe déterminé de Torontois redonna vie à la
moribonde section Algonquin de l’USITT. La première activité qu’elle parraina
fut une visite du complexe Elgin/Winter Garden, avant son historique restauration
intégrale. Le théâtre Elgin avait déjà subi une légère remise en état pour la
production de Cats, qui marqua le
début à Toronto de l’époque des mégaproductions musicales, alors que le
sinistre Winter Garden restait inchangé. Une ambitieuse programmation fut mise
sur pied, ce qui allait vite faire de la section l’une des plus actives de
l’USITT. La section Algonquin imposa peu à peu sa véritable présence sur la
scène théâtrale ontarienne, particulièrement à Toronto, qui était déjà la
troisième ville de théâtre du monde anglo-saxon.
En Alberta, le rêve d’une organisation canadienne mûrissait
depuis un certain temps. L’arrivée d’une seconde section canadienne active en
Ontario contribua à le rendre possible. En 1989, Calgary fut l’hôte de la
conférence annuelle de l’USITT, une première au Canada depuis l’événement
beaucoup plus modeste tenu à Toronto en 1966. La conférence permit à tous de
mesurer l’importante présence du théâtre en Alberta, et le dynamisme de la
section. Les membres canadiens s’y réunirent et discutèrent de la formation
d’un institut canadien, une idée que les membres honoraires de l’USITT
appuyèrent chaleureusement.
Le changement observé dans le monde du théâtre rendit
nécessaire la création d’une organisation proprement canadienne. Le théâtre
canadien entrait alors dans une ère de réglementation à laquelle nous avions
échappé jusque-là. Il suffit de questionner l’une ou l’autre des têtes grises
de l’ICTS pour en savoir un peu plus sur l’époque où il était évident que les
lois du travail, les règlements de sécurité et les codes de l’électricité ne
s’appliquaient pas à nous; nous pourrions vous raconter certaines histoires qui
vous donneraient à vous aussi des cheveux blancs. Cette période de vide
législatif s’acheva peu à peu à la fin des années 1980, et il devint clair que
nous devions jouer un rôle prépondérant dans le processus réglementaire pour
éviter d’être limités par des lois et des règlements irrationnels et
inapplicables.
Un événement salutaire se produisit à Toronto en 1989. Après
qu’une série de vols à main armée ait été perpétrée avec de faux pistolets et
qu’au moins un suspect se soit fait abattre alors qu’il brandissait une arme
jouet, la Ville de Toronto présenta un règlement interdisant les répliques
d’armes. Malheureusement, le texte était rédigé de telle sorte qu’il devenait
presque plus facile d’utiliser une vraie arme à feu sur scène qu’une simple
réplique en bois. La section Algonquin se rallia à l’industrie locale du film
et du théâtre pour les sensibiliser à la menace, et fit devant le Conseil
municipal une présentation qui entraîna l’exemption des répliques utilisées
légalement dans les films, à la télévision et sur scène.
Malgré le succès des membres ontariens de l’USITT dans ce
cas précis, on en vint au même constat qu’avaient fait les membres de l’Alberta
lorsqu’ils eurent affaire aux organismes officiels : nous serions beaucoup
plus efficaces dans ces circonstances si nous appartenions à une organisation
canadienne.
L’autre motivation incitant à la création d’un institut
canadien était la différence évidente entre les cultures théâtrales américaine
et canadienne, conjuguée à celle qui existait entre les environnements
politique et législatif, entre les modèles de financement et les pratiques
techniques (il suffit de demander à cette équipe de théâtre américaine qui
avait reçu un caisson de tournée du Canada fermé à l’aide de vis Robertson).
Les adhérents des deux pays sont également très différents,
les membres et les forces institutionnelles de l’USITT étant basés dans les
nombreuses grandes facultés de théâtre des universités américaines, ouvertes
aux étudiants du premier cycle et des cycles supérieurs. Aujourd’hui, environ
70 pour cent des membres de l’USITT sont titulaires d’un diplôme d’études
supérieures. En revanche, on retrouve peu de programmes de théâtre de cycle
supérieur au Canada, et aucun en production théâtrale. Bien que les universités
et les collèges fournissent une part importante des membres canadiens, les
professionnels du théâtre et autres représentants de sociétés de vente et de
services surpassent facilement en nombre les universitaires, et offrent un
équilibre et des centres d’intérêt très différents.
À partir de 1989, les membres du conseil d’administration
des sections de l’Alberta et Algonquin, accompagnés d’autres membres
intéressés, entreprirent concrètement de créer un institut canadien. Avec du
recul, c’était une anomalie canadienne notable : une alliance
Alberta/Ontario constituée d’un groupe établi de Calgary et Edmonton,
collaborant avec une équipe de nouveaux riches de Toronto. À l’exception de
quelques réunions, il y eut beaucoup de discussions sur des forums et
d’échanges de courriels et de fichiers, qui circulaient sur CallBoard. Les directeurs et les cadres
de l’USITT apportèrent leur aide et leur soutien.
En mai 1990, les lettres officielles de constitution en
société furent rédigées et envoyées dans tout le pays. Elles étaient signées
par Normand Bouchard, Patricia Christensen et Ken Hewitt de l’Alberta, et par
James Carnrite, Paul Court et Graham Frampton de Toronto. La constitution en
société fut approuvée par le ministère canadien de la Consommation et des
Affaires commerciales en juillet, avec prise d’effet le 1er août.
Beaucoup de détails administratifs restaient à régler à
propos de l’ICTS. Nous étions tous des membres de l’USITT sur le point de
remplir essentiellement le même mandat, mais nous n’estimions pas que
l’institut américain représentait un modèle approprié pour le Canada. Nous
décidâmes de rassembler le plus grand nombre possible de membres et de
peaufiner les détails en une seule fin de semaine.
Au cours de la fin de semaine des 14 et 15 septembre 1990,
quelque soixante-dix membres de partout au pays vinrent assister à la
conférence inaugurale de l’Institut canadien des technologies scénographiques,
à l’hôtel Carlton Place de Toronto. La plupart des membres avaient déjà collaboré
et échangé entre eux par l’intermédiaire de
CallBoard, mais ils se retrouvaient pour la première fois face à ces
collègues et amis – parmi lesquels certains des signataires des documents de
constitution en société. Cette situation n’est plus inhabituelle aujourd’hui
mais, en 1990, elle confirma l’ICTS en tant qu’utilisateur exceptionnel des
communications électroniques.
Cette première conférence donna le ton aux conférences
annuelles qui allaient suivre. Il y eut une visite des « coulisses »
du Skydome (aujourd’hui le Centre Rogers), une présentation des plans du
nouveau Théâtre du ballet et de l’opéra (pas celui qui ouvrit finalement ses
portes seize ans plus tard), et une foule immense s’était déplacée pour voir The Phantom of the Opera, qui allait
fêter l’année suivante ses dix années de représentations à Toronto. Il y eut
une multitude de rencontres informelles dans les bars et les restaurants, et
certains membres corporatifs inaugurèrent la bonne tradition de régler la note.
La création proprement dite de l’organisation ne prit que
quelques heures. Les membres furent répartis en groupes de travail chargés de
définir les éléments constitutifs de l’ICTS :
La décision la plus importante concernant l’adhésion – qui
s’écartait sensiblement de la pratique adoptée à l’USITT – fut celle voulant
qu’un membre d’une section régionale devienne automatiquement membre national
de l’ICTS, et qu’un membre national devienne automatiquement membre de
n’importe section régionale existante, ou membre d’une section nouvellement
créée. Le jumelage automatique des adhésions régionales et nationales a permis
de maintenir l’organisation nationale. Il a en outre grandement facilité la
création de nouvelles sections en Colombie-Britannique, au Québec et dans les
Maritimes, dès lors que les adhésions nationales de ces régions se sont
développées pour soutenir une section.
Notre structure d’affiliation est basée sur le fait que les
représentants du théâtre canadien travaillent souvent dans différentes parties
du pays au cours de leur carrière, et que la plupart de nos membres
souhaitaient appartenir à une organisation ayant une perspective nationale.
Elle reflète également le rôle que l’ICTS et CallBoard ont joué pour nous donner un sentiment d’appartenance à
l’industrie canadienne.
Le Comité des finances a assemblé les éléments fondateurs
d’une structure financière permettant le bon fonctionnement de la nouvelle
organisation – et capable de subir une vérification annuelle. Il a notamment
fallu établir les coûts des divers types d’adhésion. Tous les fonds étaient
acheminés au bureau national, qui les redistribuait ensuite aux sections, en
fonction de leur nombre de membres. Des fonds étaient également reversés à
l’USITT pour l’adhésion internationale et pour recevoir leurs publications,
postées en vrac à Calgary, puis distribuées au Canada par l’ICTS. Le bureau
national avait son siège social au bureau de la section de l’Alberta, à
l’Université de Calgary, qui hébergeait également CallBoard.
On a suggéré que l’ICTS fasse ses débuts en distribuant
modestement Sightlines, la revue de
l’USITT, en y ajoutant quelques articles à contenu canadien. Les plus
téméraires l’emportèrent et il fut décidé de créer une revue nationale, qui
remplacerait du coup les bulletins des sections de l’Alberta et Algonquin. Nous
étions d’avis que bon nombre des articles parus dans les bulletins de ces
sections touchaient des sujets d’intérêt national. Le format du bulletin de la
section Algonquin servit de modèle, et les services de son éditeur furent
également retenus. La nouvelle publication portait le titre très inspiré
de : « Bulletin de l’ICTS ».
Le Bulletin avait pour mandat de créer une tribune écrite à
l’intention des membres de tout le pays. Les lettres, les articles et les
points de vue arrivaient de partout – en passant le plus souvent par CallBoard. Les textes parvenaient en
fichiers graphiques ou en images numérisés. Chaque numéro était édité et mis en
page à Toronto (en format Pagemaker 3 à l’origine), puis le document était
transmis au bureau de Calgary, où il était imprimé et distribué. Les premiers
numéros étaient transmis à l’aide d’un modem de 1200 bauds, et le transfert
pouvait prendre jusqu’à six heures – si rien ne se bloquait. Des éditeurs de
l’OISTAT de partout dans le monde, réunis en 1991, écoutèrent bouche bée la
description technique de notre opération complexe : la plupart d’entre eux
n’utilisaient pas encore d’ordinateur pour leur mise en page. Évidemment, aucun
d’entre eux n’avait le prétexte d’habiter un pays dont l’autoroute nationale
est longue de 8 000 kilomètres.
Les ordinateurs, les logiciels et les modems furent peu à
peu mis à niveau. De nombreuses personnes y ont contribué et les membres corporatifs
nous ont soutenus avec de la publicité. Cinq ans plus tard, nous pouvions
affirmer que 30 pour cent des membres avaient contribué à au moins un numéro.
En 1994, le bulletin était restructuré et prenait le nom de StageWorks. Cette
version finit par devenir la publication électronique que nous connaissons
aujourd’hui.
Il est intéressant de noter que, dès la première réunion du
Comité des publications tenue en 1990, l’idée d’une publication entièrement
électronique fut avancée. À l’époque, cela aurait impliqué que l’adhésion à
l’ICTS incluait un abonnement à CallBoard
(ce qui ne s’est pas produit au cours des dix-huit années suivantes).
C’était impossible à l’époque car tous les membres n’avaient pas accès à un
ordinateur ou à un modem (vous vous souvenez, ces engins qui émettaient des
sons stridents lors de la connexion?). La question du format des fichiers
posait également un problème, puisque c’était bien avant la création des
formats HTML et PDF, omniprésents et indépendants des plateformes. Les
discussions continuèrent à surgir au moment où les interfaces graphiques
devinrent la norme et où l’accès à Internet devint pratiquement universel. En
2003, la version électronique de StageWorks
était disponible en même temps que la publication imprimée, cette dernière
étant finalement abandonnée en 2005.
Le premier conseil d'administration
Les
membres suivants du conseil furent nommés par les sections et l’USITT :
Tim Clinton continua de
s’occuper de CallBoard et Paul Court
devint éditeur du bulletin de l’ICTS.
La création de l’ICTS fut dès le départ encouragée et
favorisée par le conseil d’administration et la direction de l’USITT, et les
deux organisations sœurs ont conservé des liens étroits. Le président de
l’USITT, Donald Shulman, et la trésorière Christine Kaiser, ont assisté à la
toute première conférence à Toronto, et des membres honoraires de l’USITT sont
depuis présents à toutes les conférences de l’ICTS. Normand Bouchard, de
Calgary, est membre honoraire de l’USITT depuis deux décennies, il a joué un
rôle actif dans la création de l’ICTS et a été le principal contact entre les
deux instituts.
Au début, tous les membres de l’ICTS recevaient la revue de
l’USITT, Sightlines, et une adhésion
internationale aux deux organisations a prévalu pendant quelques années. Avec
le temps, l’ICTS cessa de distribuer les publications de l’USITT au Canada et
interrompit l’adhésion internationale, puisqu’il était devenu plus facile pour
chaque organisation de s’occuper de ses propres membres. Néanmoins, bien que
les liens entre les deux organisations ne soient plus aussi évidents
qu’auparavant, nombreux sont les membres de l’ICTS à trouver toujours utile de
conserver une adhésion à l’USITT. La section de l’Ontario (qui est également la
section Algonquin de l’USITT) a organisé en 1999 et en 2005 deux des plus
importantes conférences annuelles et Stage
Expos de l’USITT.
Le 1er novembre 1990, tous les membres nationaux
canadiens de l’USITT et tous ceux des sections de l’Alberta et Algonquin
adhéraient à l’Institut canadien des technologies scénographiques,
« l’association canadienne au service des professionnels de la conception
et de la production des arts de la scène ». L’ICTS s’occupa de gérer les adhésions
et de distribuer les publications au Canada. Il recruta de nouveaux membres et
distribua le premier numéro du bulletin de l’ICTS de ce mois de novembre. Nous
avions pris notre envol.
Postface
Outre les gens
mentionnés pour avoir joué un rôle précis, j’ai un peu passé sous silence certaines
personnes qui ont travaillé très fort à la création de l’ICTS et au cours des
premières années : j’avais tout simplement peur de ne pas les honorer
suffisamment. Néanmoins, selon moi, qui suis à Toronto, il y a deux personnes
de Calgary sans qui l’ICTS n’aurait jamais vu le jour aussi rapidement :
Ken Hewitt, notre premier président, un visionnaire dont l’énergie fut à
l’origine de sa création, et Tim Clinton, qui a développé et administré
CallBoard – qui allait devenir
l’épine dorsale de l’ICTS – de 1985 à juillet 2009. Parmi toutes les
organisations qui nous ont apporté leur soutien, nous devons attribuer une
mention toute particulière à l’Université de Calgary, qui a constitué le
fondement institutionnel et logistique de CallBoard et qui a permis à l’ICTS de voir le jour.
Paul Court, août 2009